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Gerd Langguth
Les élections au Bundestag allemand et lUnion européenne Exposé du 3 décembre 1998, à Bruxelles
Le raz-de-marée politique en Allemagne a exposé de manière dramatique ce que la domination de lex-chancelier fédéral Helmut Kohl avait masqué jusque là, à savoir que des chefs de gouvernement sociaux-démocrates et socialistes déterminent aussi la politique dans presque tous les autres Etats membres de lUE toutefois rarement comme seuls partis au pouvoir. Pour le moment, onze des quinze chefs de gouvernement appartiennent à la gauche et lactuel président du Conseil italien est même un ancien communiste. Seuls la Belgique, le Luxembourg, lIrlande et lEspagne ont encore des chefs de gouvernement chrétiens-démocrates ou conservateurs. Dès à présent, neuf des vingt commissaires européens appartiennent à un parti social-démocrate ou socialiste. Quelque neuf ans après la chute du Rideau de Fer, lEurope devient-elle «socialiste»? En 1977, Mitterand, alors secrétaire général du parti socialiste français, avait revendiqué que lEurope ne pourrait pas du tout se réaliser si elle nétait pas socialiste1. Willy Brandt sest lui aussi exprimé de manière similaire. Cette vision qui signifie que «socialisme» et «Europe» sont considérés comme identiques devient-elle aujourdhui une réalité? Il y a encore une vingtaine dannées,
le sociologue et ex-commissaire
La réunion de onze ministres des Finances sociaux-démocrates et socialistes et des porte-parole aux finances du Parti des Socialistes européens (PSE), le 22 novembre 1998, à Bruxelles, montre à quel point les paramètres de lUE ont changé. Les participants à cette réunion ont, en effet publié un document commun en préparation au Conseil Ecofin et ils se sont décrits dans un communiqué de presse comme «le groupe PSE-Ecofin»5 et ils ont ainsi clairement révélé quils voulaient utiliser leur majorité au Conseil néanmoins, même un tel document na pas pu empêcher Schröder et Blair de déjà se lancer dans une «querelle fiscale» quelques jours plus tard, querelle qui a pu être résolue, toutefois non sans mal. Ce ne sont plus les réunions des présidents des partis chrétiens-démocrates qui semblent importantes actuellement, mais plutôt celles de la gauche européenne.
Les élections allemandes nont été ni un «accident», Il importe tout dabord de souligner que létranger sest étonné de labsence dexcitation, de la normalité du changement politique en Allemagne. Le «Süddeutsche Zeitung» a noté à cet égard que le changement de majorité «nest pas arrivé comme lorage et ses éclairs; il est arrivé comme un promeneur par une douce journée doctobre: avec un naturel quon ne peut quespérer pour une démocratie. Ce changement de majorité est donc un événement historique pour tous, car il laisse à peine transparaître son caractère historique. Pour la première fois dans lhistoire de la République fédérale, ce qui est naturel, est naturel»6. Le véritable drame de ce résultat «naturel» des élections allemandes réside dans le fait que onze des seize ministres-présidents des Länder fédérés allemands sont désormais des sociaux-démocrates, que presque tous les postes publics importants (chancelier fédéral, président du Bundestag, président du Bundesrat, présidente de la Cour constitutionnelle fédérale) sont occupés par des sociaux-démocrates et que ce sera vraisemblablement aussi un social-démocrate qui succédera au Président fédéral Roman Herzog en mai 1999. Certains demandent donc également avec inquiétude si le renouveau seffectue maintenant dans une «République de Berlin» de gauche. Il nest pas opportun danalyser
ici les élections en détail. Toutefois, Gerhard Schröder nest pas devenu
chancelier parce quil a promis une république allemande de gauche mais parce
quil a su admirablement comment se réserver lexclusivité du concept du
centre politique («nouveau centre»), grâce aux techniques de communication,
et quil a promis Il ne faudrait nullement minimiser ici lampleur de léchec électoral de la CDU/CSU (à léchelle fédérale, 35,1%, soit une perte de 6,4%, et, pour le SPD, dépassement de la barre des 40%, avec un score de 40,9%), mais les tendances laissaient déjà prévoir un net échec depuis longtemps. La CDU/CSU avait perdu un Land fédéré après lautre et, au vu des sondages, il était devenu évident, du moins pour les initiés, quil ne serait plus possible dinverser cette tendance comme à lépoque du duel Kohl-Scharping. A force de souligner la nécessité dun changement, ce qui profite en principe à toute démocratie, le débat de fond a fini par être relégué au second plan dautant plus que la CDU/CSU avait même parfaitement réussi, au cours des derniers mois de la campagne électorale, à démystifier les compétences réelles de ladversaire de Kohl. En dautres termes, le légendaire Churchill déjà avait dû avait déjà dû faire lexpérience du fait que la gratitude nest pas le souci premier de lélecteur il en va de même pour le socialiste González en Espagne10. Précisément dans notre monde médiatisé, le facteur dusure temporelle pourrait même généralement agir plus rapidement. A un moment ou lautre, «lestablishment» a fait son temps dans la conscience du public quil soit «de gauche» ou «de droite». Les élections pour le Landtag bavarois, deux semaines avant les élections pour le Bundestag, ont également démontré sans équivoque que les Allemands ne voulaient de toute façon pas dune Allemagne/Europe simplement «sociale-démocrate» ou «socialiste». Les électeurs bavarois ont, en effet, consciemment voulu la continuité. Dans ce Land, il a néanmoins été possible de concilier la continuité et la modernité (pour décrire ce phénomène, certains ont formé le double concept de «portable et culotte de peau»). Dans un paysage électoral bouleversé, où les électeurs fidèles deviennent partout proportionnellement moins nombreux, le comportement de vote est plus flexible, plus imprévisible. Cette tendance se renforce aussi du fait que les «milieux» toujours influents en Allemagne ont précisément de moins en moins dinfluence sur les électeurs des deux partis populaires. Plus le nombre délecteurs fidèles ayant une vision claire du monde diminue, plus les partis populaires doivent, plus que tout autre, sefforcer dattirer de nouveaux électeurs avec un programme aussi vaste que possible. Mais il devient plus difficile que jamais de savoir «ce quest la gauche daujourdhui» ou «ce quest la droite daujourdhui» pour reprendre une question posée dans un feuilleton célèbre paru dans les pages culturelles du journal «Frankfurter Allgemeine Zeitung». Selon les constatations dAnthony Giddens11, la puissance créatrice de la politique se réduit et les idéologies se sont vidées de tout sens. Ce jugement de Giddens correspond à un avis largement répandu, également dans la population allemande, à savoir que la plupart des partis se seraient dérobés aux paramètres de leur fondement idéologique. Il sensuit précisément depuis la fin du conflit Est-Ouest que tous les partis populaires éprouvent des difficultés à transmettre un message précis aux électeurs avec leur programme. Et cest ce qui a été le problème décisif de la CDU/CSU sur le plan du fond. Les grandes controverses visibles pour lélecteur faisaient effectivement défaut; il nest plus possible dattribuer des notions telles que «progrès» ou «modernisation» à un seul camp politique. Pour ne citer quun exemple de la campagne électorale, le responsable de la culture, Michael Naumann, a plaidé pour la reconstruction du château des Hohenzollern à Berlin et non pour la construction du monument à lholocauste dans la forme primée , ce qui donne presque limpression que la politique culturelle de lancienne majorité fédérale était presque progressiste. En outre, on a maintes fois prétendu que la fin de lère sociale-démocrate découlait de lérosion de la base classique des partisans de la social-démocratie, le monde ouvrier phénomène général des sociétés industrielles modernes, dans lesquelles la place des services se renforce énormément. Pendant longtemps, la social-démocratie a réagi à cette évolution comme si elle était paralysée dun coté les sociaux-démocrates traditionnels, surtout en alliance avec les syndicats, et de lautre part les rénovateurs. La victoire électorale en Allemagne ne sexplique cependant pas par un renouvellement du programme mais plutôt par la tentative de résoudre toutes les divergences politiques par des formulations intégratives. Les sociaux-démocrates ont ainsi profité du fait quils ont placé la dynamique de changement dune société moderne sous le signe de la mondialisation, en faisant un mauvais augure, tout en y ajoutant limage de lennemi «néolibéral», et ils ont ainsi réagi aux craintes («conservatrices») dune partie de la société face au changement. Dune manière générale, lanalyse des résultats électoraux ne peut pas omettre le fait que le paysage politique allemand a changé radicalement au cours des dernières décennies: en Mecklembourg-Poméranie occidentale, la poignée de main rouge-rouge équivaut ainsi comme le gouvernement «toléré» par le PDS en Saxe-Anhalt, faisant figure de préliminaire à une impulsion quil ne faudrait pas sous-estimer, car laspect présentable du parti issu du SED, le PDS12, permet à la coalition avec les successeurs des anciens dirigeants de la R.D.A. daccéder à la normalité, ce qui à terme, peut et devrait créer en Allemagne, une majorité structurellement «de gauche». Si le PDS est jusquici resté un parti est-allemand, le parti des Verts est nettement «ouest-allemand». 19 ans après la fondation des Verts à léchelle fédérale, ce parti issu dun «mouvement»13 est parvenu à accéder aux responsabilités gouvernementales. Ceci contredit ainsi la théorie de certains selon laquelle lexistence des Verts empêcherait une gauche divisée dobtenir des majorités en Allemagne. La gauche allemande regroupe donc trois partis: le SPD, le PDS et les Verts malgré leur tradition écologiste, ces derniers restent actuellement un parti essentiellement de «gauche». Le modèle des trois groupes au Bundestag allemand, autrefois classique en Allemagne occidentale, sest transformé en une situation plus confuse à cinq groupes. Le bilan de ce qui précède est quil est aujourdhui prématuré de souvrir à bon nombre de spéculations de la presse selon lesquelles le gouvernement qui vient dêtre élu resterait plus de quatre ans au pouvoir. Par le passé, on pouvait être porté à croire un fait établi par les sciences politiques, à savoir que leffet de rejet de lélecteur à légard dun gouvernement apparaissant comme usé représentait un élément plus déterminant pour le choix de lélecteur que la décision «positive» en faveur dun nouveau gouvernement. Si ce fait sappliquait également à lavenir, la survie de la coalition gouvernementale actuelle en Allemagne dépendrait avant tout de ses performances. Quelle que soit la conviction politique sous langle de laquelle on considère le gouvernement issu des dernières élections, son démarrage sest accompagné de carences dune diversité surprenante sur le plan pratique. Il faut certes reconnaître quun nouveau gouvernement a besoin de temps pour créer les structures opérationnelles nécessaires quoique trois anciens ministres-présidents fassent partie du cabinet fédéral , mais le démarrage sest déroulé dans la précipitation et a été marqué par un manque de coordination dans tous les départements. A cela sajoute le fait que chaque gouvernement de coalition dispose de points de rupture théoriques et que le conflit entre modernisateurs (Hombach) et traditionalistes (Lafontaine) au sein de la social-démocratie crée un handicap supplémentaire, alors quil nest toujours pas possible de déterminer dans quelle mesure le nouveau chancelier fédéral est davantage pragmatique que modérateur et quelle influence il exerce vraiment sur les questions de fond. De même, selon toute probabilité, le gouvernement fédéral actuel va tenir bon pendant toute la législature, quelles que soient les divisions internes; loption théoriquement envisageable dune coalition SPD-FDP semble donc également fort peu probable aujourdhui. Un coup dil sur le paysage politique des autres Etats membres de lUE (notamment de la Scandinavie, de la France, du Portugal ou de quelques Etats candidats à ladhésion) montre, en outre, que lalternance y est nettement plus «normale» quen Allemagne. De même, il est indéniable que les victoires électorales des partis chrétiens-démocrates et des conservateurs sont actuellement rares à léchelle mondiale. Mais les alliances actuelles de gauche sont, elles aussi, loin de représenter des formations monolithiques dans les différents Etats membres de lUE. Les trois pays du Benelux ont ainsi des coalitions de centre-gauche qui nese distinguent cependant pas considérablement en matière de politique économique et sociale. Et il sagit de coalitions dans la plupart des Etats membres de lUE.
Quels sont les changements de fond de la
politique allemande qui influencent lUnion européenne ? Selon un article paru dans le «Neue Zürcher Zeitung», le 27 octobre 1998, rien nindique jusquici «que la continuité de la politique extérieure allemande se perd. La participation aux alliances occidentales et lunité européenne sont des éléments que les partis populaires ne remettent pas en question. Linertie du système allemand a ses avantages. Une Allemagne qui change autrement que par petits pas ne peut être dans lintérêt de personne»14. Toutefois, des changements samorcent déjà dans la politique européenne de lAllemagne, ainsi que dans sa politique extérieure. Le politologue Karl-Rudolf Korte parle quant à lui dun «changement thématique de la politique extérieure» et il écrit: «Les manifestations de continuité des premiers jours sont cependant trompeuses et ne sont que des épiphénomènes»15. Dans lensemble, les changements qui apparaissent déjà dans la politique européenne laissent songeur: Primo, sans conviction, sans vision, il ne peut pas non plus y avoir de stratégie européenne en Allemagne. Dès à présent, il apparaît que les rênes du pouvoir sont passées entre les mains dune génération qui a peu ou pas connu leffet séparateur des délimitations frontalières (à lexception peut-être du Sarrois Lafontaine) et qui a moins à coeur la politique européenne. Le «Neue Zürcher Zeitung» a dailleurs qualifié la première visite du nouveau chancelier fédéral allemand à la Commission européenne, à Bruxelles, de «dépourvue de vision»16. Lorsquon analyse le discours que le chancelier fédéral a prononcé lors du premier débat de sa législature consacré à la politique européenne, le 10 décembre 1998, la veille du Sommet des chefs dEtat et de gouvernement de lUE qui tenait à Vienne, on constate à quel point le nouveau gouvernement fédéral risque précisément de sabandonner à des penchants populistes en rapport avec la position de contributeur net de lAllemagne et dainsi démontrer au gouvernement précédent quil na pas suffisamment bien représenté les intérêts allemands. Au cours du débat, il a notamment fait référence au Sommet européen dEdimbourg, lors duquel les participants avaient adopté, outre des mesures de soutien aux nouveaux Länder fédérés, un cadre financier que lopposition dalors avait, elle aussi, approuvé à un large consensus. On ne peut écarter le risque déclatement du consensus interne de lAllemagne en matière de politique européenne de lAllemagne avec des répercussions possibles jusquau sein même de la CSU17. Schröder parle sans complexes des «intérêts nationaux allemands» quil faut défendre, suggérant sans cesse que le gouvernement sortant naurait pas fait suffisamment à cet égard, que Kohl et Waigel se seraient même «fait arnaquer» par le socialiste Jacques Delors, président de la Commission pendant des années, (sans toutefois le citer nommément) lors de décisions à implications financières prises à Edimbourg18. Secundo, en exigeant, dans laccord de coalition, labandon de la première frappe nucléaire de lOrganisation de défense de lAtlantique Nord (OTAN), le nouveau gouvernement sest isolé par rapport aux autres pays de lOTAN qui sont aussi membres de lUE, dautant plus que le ministre des Affaires étrangères, Joschka Fischer, a exprimé cette position sans lapprobation des partenaires de la coalition et quil a fallu péniblement chercher un compromis. La remarque du ministre dEtat attaché au ministère des Affaires étrangères, Ludger Volmer, selon laquelle lAllemagne naurait plus besoin dune «armée permanente»19, a éveillé une nouvelle incertitude concernant la fidélité de lAllemagne à ses alliances. Le fait que la France et le Royaume-Uni aient précisément convenu de renforcer une identité européenne de défense, début décembre 1998, lors de leur rencontre au sommet à Saint-Malo, en France, et que lAllemagne ait été exclue de cette importante initiative de politique de sécurité, démontre lisolement actuel de lAllemagne en matière de politique européenne extérieure et de sécurité. Bien que les spécialistes discutent actuellement de la légitimité de la première frappe nucléaire20, il est indubitable que la réflexion de Fischer, exprimée sans réelle nécessité actuelle, ne contribue pas aux intérêts allemands au sein de lAlliance. Il est possible que le chancelier fédéral allemand nait pas eu conscience de cette charge explosive pour la discussion interne de lOTAN lors de la signature de laccord de coalition. Lisolement du gouvernement fédéral allemand suite à cette initiative de Fischer réprouvée au sein de lAlliance ressort également de la réaction du Secrétaire américain à la Défense, William Cohen, à loccasion de la visite à Washington du ministre de la Défense, Rudolf Scharping, lui-même surpris par linitiative de Fischer21: «Nous avons débattu de la politique nucléaire et jai dit clairement que les Etats-Unis sopposaient à tout changement de cette politique, car nous sommes convaincus que la doctrine nucléaire qui prévaut actuellement contribue au maintien de la paix et quelle renforce la dissuasion»22. La position de Fischer pourrait aussi sexpliquer par le fait que, pour des raisons tactiques internes, il a besoin dun thème de politique extérieure qui montre à la base de son parti que la politique extérieure allemande quil mène nincarne pas «la continuité» en tous points et quelle se différencie du gouvernement sortant au moins sur un point important. Il espère ainsi sûrement obtenir une plus grande marge de manuvre au sein de son parti. Une tendance au renforcement de lOrganisation de la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) samorce dès à présent dans la politique extérieure de lAllemagne, ce qui devrait sans aucun doute ne pas rester sans influence sur la politique étrangère et de sécurité commune (PESC) de lUnion européenne et sur la tentative de faire de lUnion de lEurope occidentale (UEO) le pilier de la politique de sécurité de lUE dans la pratique. En effet, il existe souvent une concurrence généralement inexprimée- entre, dune part, la nécessité dapprofondir la PESC de lUE et, dautre part, le renforcement de lOSCE, dont il ne faudrait certes pas remettre lutilité en question ici mais dont la capacité de résoudre les problèmes suscite souvent des espoirs irréalistes. Cette tendance se profile déjà également dans laccord de coalition: «LOSCE est la seule organisation paneuropéenne de sécurité. Cela la rend irremplaçable». Mais cest surtout lOTAN qui est irremplaçable: avec son conseil de coopération, lOTAN représente elle aussi une structure paneuropéenne qui mobilise tout de même une troupe de 1500 hommes de l«Extraction Force», stationnée en Macédoine sous commandement français, pour protéger les deux cents observateurs non armés de lOSCE au Kosovo. Dans un article quil a écrit pour le journal «Die Welt», le chef de file incontesté du SPD en matière de politique de sécurité, Egon Bahr, a montré quil était également possible de remettre en question le rôle des Etats-Unis au sein de lAlliance: «LAmérique, indispensable en tant que contrepoids à lUnion soviétique pour protéger la liberté européenne, nest plus nécessaire pour assurer la protection militaire de lEurope depuis la fin du Pacte de Varsovie; il sagit là dun dividende précieux de la paix après lissue heureuse de la Guerre froide»23. Dans lintérêt fondamental de la République fédérale dAllemagne, il faut que les Etats-Unis continuent à se considérer comme une puissance quasiment européenne et quils ne soient pas poussés dehors. Bahr, qui continue à jouir dun grand prestige au sein du SPD, en tant que maître à penser, estime cependant aussi que: «Pour lorganisation de la sécurité européenne», la Russie reste «tout aussi indispensable que lAmérique» dans sa formulation, il place donc les Etats-Unis et la Russie sur un pied dégalité, mais il rejette également un nouvel élargissement de lAlliance de lOTAN, pour en même temps «assigner» à lOSCE «de nouvelles tâches et pour développer un système de prévention opportune des crises». Tertio, il savère que le nouveau gouvernement fédéral juge lélargissement de lUnion européenne vers lEst avec beaucoup plus de réserve: «Le processus de négociation avec les cinq candidats à ladhésion est tellement complexe, tant dun point de vue économique que sur le plan juridique, quil serait imprudent de dire aujourdhui quand il sera terminé»24. Selon Schröder, on susciterait ainsi des attentes «auxquelles on ne pourra jamais répondre». Dans les pays candidats à ladhésion, notamment en Pologne, on critique ouvertement le manque dengagement du nouveau gouvernement allemand en faveur de lélargissement. Jusquà présent, une méthode de la politique européenne consistait à exercer une pression appropriée sur les diverses négociations en établissant des échéances. Ceci a particulièrement réussi avec la désignation de «1992» dans le cadre de lachèvement du marché intérieur européen. La réserve du gouvernement fédéral se justifie peut-être aussi par le fait quil craint la libre circulation des travailleurs qui naîtrait dune pleine intégration due à lélargissement rapide à la frontière orientale de lUE. Quarto, le nouvel article 3 i) introduit dans le traité dAmsterdam, pour «la promotion dune coordination entre les politiques de lemploi des Etats membres en vue de renforcer leur efficacité par lélaboration dune stratégie coordonnée pour lemploi» compromis qui à lépoque avait amené le gouvernement français fraîchement élu, et dirigé par Jospin, à approuver lunion monétaire et les critères de stabilité , est généralement une porte ouverte vers une politique européenne de lemploi. La Commission européenne salue aussi, dans son «Rapport commun sur lemploi 1998»25, la revendication du nouveau gouvernement fédéral allemand visant à adopter des objectifs contraignants et vérifiables dans les orientations de la politique de lemploi pour résorber le chômage de longue durée. Bien que des compromis soient inévitables dans la politique européenne, celui-ci est cependant difficilement acceptable: selon les termes précédents du traité CE, le credo économique de lUE était une organisation économique libérale, étant donné que les différents Etats nationaux nont pas été mis sous tutelle via des programmes sociaux et pour lemploi. Pour lessentiel, chaque Etat membre avait la responsabilité dans ces matières pour toutes les dimensions qui nétaient pas indéniablement paneuropéennes. Selon le principe de subsidiarité, dont il est de moins en moins question depuis le changement de majorité en Allemagne, une politique de lemploi à léchelle de lUE nest pas judicieuse non plus. Il ny a certainement rien à objecter à ce que la Commission surveille la politique demploi des différents Etats membres. En revanche, de nouvelles harmonisations juridiques, ainsi que labolition de quelques barrières fiscales qui font obstacle au marché intérieur européen, ont nettement plus de sens quune politique de lemploi à léchelle de lUE. A cela sajoutent encore des réserves fondamentales formulées à légard dune politique européenne de lemploi. Sous Mitterand, en 1981/1982, la France a échoué dans sa tentative keynésienne de mener une politique économique classique orientée vers la demande. Il en est resté un énorme endettement. Au vu de toutes les expériences européennes, une politique européenne commune de lemploi coûterait non seulement beaucoup dargent, mais contraindrait aussi les Etats particulièrement industrialisés à des dépenses considérables. A lheure actuelle, un programme demploi paneuropéen à grande échelle, portant sur des milliards, semble certes peu réaliste, ne serait-ce que pour des raisons budgétaires, mais, avec la forte influence actuelle de la gauche, qui incarne traditionnellement une influence majeure de lEtat sur la politique économique, il sagit de parer à toute velléité! Le rôle de la Commission européenne, en tant que gardienne des traités, est particulièrement important à cet égard. Il est déjà impressionnant de voir comment le commissaire belge Karel van Miert, qui est issu du mouvement socialiste, a réclamé lapplication scrupuleuse des principes libéraux du droit européen de la concurrence dans tous les Etats membres et comment il est en outre parvenu à les faire appliquer dans de nombreux cas; de la sorte, il ne sest pas fait que des seulement fait de nouveaux amis dans lensemble de léventail politique donc bien au-delà du camp social-démocrate et socialiste. Il ne sest pas non plus laissé impressionner par les manuvres dintimidation, dont certaines venaient dAllemagne, et il mérite de la reconnaissance pour cela. Ce nest que lorsque les commissaires orienteront réellement leurs décisions en fonction du droit européen quils entreront finalement dans le livre dhistoire de lUE. Quinto, on peut donc se demander, dune manière générale, sil faudrait faire sauter le consensus observé jusquici en ce qui concerne les conditions-cadres du marché intérieur achevé avec succès et de lunion économique et monétaire. Immédiatement après le changement de majorité, le nouveau gouvernement fédéral allemand, précisément, a donné le ton dune manière qui a finalement remis en question lautonomie de la Banque centrale européenne (BCE), si difficilement obtenue. Pour rappel, le traité de Maastricht a permis dencore mieux assurer lautonomie de la BCE au niveau institutionnel que celle de la Deutsche Bundesbank parce que ce traité a été conclu en vertu du droit public international, le droit primaire européen. A la suite de quoi, une série dEtats membres ont été contraints, à leur corps défendant, daccorder un même degré dautonomie à leur propre banque nationale, même en France, où lEtat est traditionnellement interventionniste. Lors de la conférence des délégués européens du SPD, le 8 décembre 1998, le ministre des Finances, Oskar Lafontaine, a demandé une «orientation globale», ce quon pourrait cependant aussi qualifier de «retour de léconomie politique». Selon lui, il serait nécessaire de chercher «un élan au niveau européen, pour établir une corrélation entre la politique monétaire, la politique des salaires et la politique fiscale, et pour les coordonner de telle sorte quil en résulte un accroissement de la demande globale et quon revienne à plus demploi»26. Il cite ainsi, dun seul trait, la politique monétaire, la politique des salaires et la politique fiscale, alors que la politique monétaire relève de la responsabilité de la Banque centrale européenne autonome27. Cette intervention du ministre Lafontaine sur une fixation des taux de change par zones cibles et sur lindépendance de la Deutsche Bundesbank bien quil ait aussi pu vouloir parler de la BCE - a provoqué la stupeur, notamment aux Pays-Bas, un pays gouverné par une majorité sociale-démocrate/libérale. Dans ce pays, on sest surtout montré inquiet du fait que lattitude du nouveau gouvernement fédéral allemand pourrait entraîner un affaiblissement de leuro. On y interprète un déficit budgétaire allemand accru et une croissance de la dette publique allemande comme de nouvelles menaces majeures sur un euro fort. Dans ce contexte, une lettre du commissaire italien Monti à ses collègues commissaires, indiquant quil fallait distinguer les dépenses dinvestissement et les dépenses de consommation une évidence pour les responsables des budgets en a également inquiété plus dun. Une telle discussion, qui se justifierait certainement lors de séminaires universitaires, remet effectivement en question le consensus sur le Pacte de stabilité, obtenu à larraché. Les alliances européennes de gauche vont comprendre cette lettre comme une invitation à interpréter généreusement la limite des trois pour cent en matière de déficit annuel, dautant plus que nous traversons une période de récession. La mise sous pression de la Deutsche Bundesbank, et par là de la BCE, pourrait en fait viser à ce que la promotion de lemploi se voit au moins traitée sur le même pied que la stabilité monétaire. Quoi quil en soit, cela devrait correspondre à loptique de Lafontaine et de son homologue français, Dominique Strauss-Kahn, selon lesquels tant la coordination de la politique économique et financière du groupe des 11 participants à leuro que le chapitre sur lemploi du traité dAmsterdam sont les leviers décisifs en vue de mettre en oeuvre une stratégie coordonnée pour lUE. Lobjectif imposé à la BCE en matière demploi serait contraire au Traité. «Il ne faudra pas attendre longtemps avant de voir Bonn, Paris et Rome annoncer sans hésiter les dépenses publiques les plus exorbitantes comme étant des investissements pour lavenir. Les temps où lon se proposait dinterpréter strictement le Pacte de stabilité sont-ils déjà révolus?» (Peter Hort)28
LEurope devient-elle «socialiste»? Pour anticiper, lEurope ne devient pas «socialiste» du moins au sens classique de létatisation des moyens de production. Pourquoi? Primo, à en croire toutes les connaissances de la sociologie électorale, le fait décisif pour le changement de majorité en Allemagne et auparavant dans dautres Etats aussi , ne devrait pas être que les électeurs ont, en quelque sorte, voulu un socialisme mis à jour. Généralement, les motifs ont effectivement été bien plus prosaïques: ils voulaient de nouvelles têtes, un vent nouveau, et ils ont ainsi espéré faire sauter des structures sclérosées et venir à bout de lincapacité de prendre certaines décisions ce qui réduisait à néant la stratégie de la CDU/CSU consistant à critiquer le «blocus anti-réforme» du Bundesrat dominé par le SPD. Dune manière générale, la constatation suivante du journal «Die Zeit» est certainement exacte: «Ce nest pas la social-démocratie qui lemporte actuellement en Europe, mais lopposition. Ce nest pas une vision qui fait son chemin, mais une protestation: parfois, elle soriente comme en France tout récemment et peut-être comme lors des prochaines élections en Suède contre les programmes dépargne quimpose moins leuro que la mondialisation; parfois, comme en Espagne et en Angleterre, la mauvaise humeur balaie du pouvoir des gouvernements en place depuis longtemps, qui sont aux abois et qui sont secoués par des affaires. LEurope, qui semblait hier encore être de droite et qui semble aujourdhui être de gauche, peut à nouveau se retourner vers la droite demain»29. A cet égard, les sociaux-démocrates/socialistes ont certainement compris, eux aussi, comment répondre au besoin de sécurité de nombreuses personnes en cette période de chômage et de mondialisation. Mais eux aussi seront un jour jugés sur la réalité de leur propre politique et, dans les démocraties, rien nest plus continu que le changement à lheure actuelle. Secundo, les orientations dune économie sociale de marché sont désormais ancrées dans de nombreux partis qui continuent à sappeler socialistes. Dans de larges pans des partis socialistes et sociaux-démocrates, on a ainsi assisté à un éloignement par rapport aux modèles détatisation. De même, la plupart des partis européens de gauche préconisent nettement plus la nécessité de réglementer léconomie que les partisans chrétiens-démocrates de léconomie sociale de marché. Tertio, pour Tony Blair, des concepts comme la «mondialisation» sont plutôt une raison de considérer la modernisation nécessaire de sa propre société comme un défi30. Il promet donc une «troisième voie», entre le laisser-faire et le dirigisme étatique31. Le «blairisme» que de nombreux observateurs interprètent comme un thatcherisme souriant est à des lieues de la pensée étatique dun Jospin ou dun Lafontaine. Seule lentrave du traité de Maastricht a probablement empêché Jospin de renforcer le pouvoir dachat des masses par une politique fiscale étendue dans la lignée du keynésianisme. Quant aux trois Etats du Benelux, ils sont actuellement dirigés par des coalitions de centre-gauche qui ne se différencient cependant pas beaucoup les unes des autres en matière de politique économique. Wim Kok, du parti travailliste néerlandais, a ainsi montré comment on pouvait permettre aux entreprises et aux syndicats davoir une stratégie commune sur le marché de lemploi sans pour autant renoncer à lidentité sociale-démocrate. De leur côté, les partis scandinaves sont parvenus à mettre en uvre avec succès des programmes dépargne et dassainissement dans leurs pays respectifs. En dautres termes, on a beau évoquer linternationalisme social-démocrate et une solidarité socialiste, les expériences et traditions nationales restent très différentes. A cela sajoute la crainte dune trop forte dominance de lAllemagne. En outre, comme tous les partenaires européens reconnaissent que la création de conditions générales plus «favorables» dans leur propre pays encourage les entreprises étrangères à investir, une uniformisation rapide de la politique fiscale communautaire, par exemple, semble plutôt improbable. Quelles que soient toutes les convictions exprimées dans les Internationales socialistes, dont les politologues eux- mêmes exagèrent généralement limportance, laction politique concrète des différents chefs de gouvernement continue néanmoins à dépendre fortement des intérêts nationaux, qui leur sont propres, comme on peut le voir dans la discussion actuelle sur «lAgenda 2000» notamment en ce qui concerne les données budgétaires, la politique agricole et les questions de lélargissement et dans dautres thèmes fondamentaux, comme la politique fiscale. «Die Zeit» constate dailleurs aussi que «la sociale-démocratie européenne est une chimère»32. Quarto, la mondialisation «pénaliserait» immédiatement tout cloisonnement du marché et tout effort visant à remettre en question la compétitivité des différentes branches de lindustrie par de nouvelles subventions étatiques: lUE serait ainsi dans lensemble moins compétitive dans lensemble et retomberait derrière les Etats-Unis sur le plan économique, et même derrière une Asie, dont léconomie se relèverait. Les Etats-Unis craignent dailleurs déjà que les principes qui sous-tendent les recettes européennes et américaines pour faire face au chômage et à la mondialisation ne diffèrent tellement que lon constate des rejets entre les deux grands blocs économiques et que les Européens risquent de recourir au protectionnisme pour préserver lemploi chez eux33. La fin du consensus qui règne actuellement au sein de lUE en matière de politique économique aurait toutefois pour effet de plutôt entraver les investissements dans la Communauté des Quinze et il en résulterait inévitablement un «exode» des capitaux. Même si la tendance sociale-démocrate actuelle se maintenait dans les différents Etats membres, nous narriverions cependant pas à une «Europe socialiste», compte tenu des raisons évoquées plus haut. Néanmoins, lintégration européenne en cours est nettement influencée par deux autres sources: Premièrement, dans la question de savoir ce quon entend par «finalité» de lintégration européenne, le consensus qui existait notamment encore avant lunification allemande a disparu. Et cette discussion ne se limite aucunement à lAllemagne, même si elle a ici une signification particulière, comme si la médaille européenne unique avait deux côtés: directement après la seconde guerre mondiale et à lépoque du conflit Est-Ouest, lintégration représentait à la fois la sécurité pour lAllemagne (de lOuest) lintégration définitive à «lOuest» étant destinée à empêcher que limpérialisme soviétique continue à sétendre à lensemble de lAllemagne et finalement à lensemble de lEurope de lOuest et la sécurité pour lAllemagne: les partenaires de lOuest voulaient ainsi au moins intégrer une partie de lAllemagne de manière immuable, afin quil lui soit, une bonne fois pour toutes, impossible de faire cavalier seul. Sil y avait encore un consensus relativement large sur les objectifs du projet dintégration à savoir une Europe empreinte de la doctrine sociale catholique et économiquement prospère, victoire sur le nationalisme contraire à la paix, via lobjectif général dune sorte d«Etats-Unis dEurope» entre les six Etats fondateurs et il importe surtout de rappeler ici les chrétiens-démocrates Adenauer, De Gasperi et Schumann , les nouvelles adhésions à la Communauté ont modifié cette réflexion sur les finalités du projet. Jusquà lunification allemande, les intérêts nationaux allemands étaient également plus ou moins identiques à ceux de lintégration européenne34 . Ce nest effectivement que dans le contexte européen, plus précisément dans le cadre de lintégration européenne, quil a été possible de venir à bout de la division de lAllemagne, après de nombreux efforts de persuasion. Depuis lunification allemande, lidentification des intérêts «nationaux» «propres» à lAllemagne dans cette association dEtats joue soudain un rôle nettement plus important dans le débat européen en Allemagne. Et lobjectif des «Etats-Unis dEurope», jadis sans cesse critiqué, notamment par le citoyen européen dhonneur Kohl au début de son mandat, a cédé le pas à lidée que la Communauté européenne est quelque chose de nouveau, une création sui generis. La discussion sur lintégration européenne a, de manière générale, été de moins en moins interprétée comme un renouveau européen garant de la paix, en Allemagne également on a observé un scepticisme croissant vis-à-vis du «monstre de Bruxelles», même dans les milieux intellectuels, au fur et à mesure que ce processus dintégration devenait un modèle de succès. Et le choix des mots du nouveau chancelier fédéral allemand rend ce scepticisme de plus en plus populaire en Allemagne, lorsquil dit que largent est «gaspillé» en Europe35. Deuxièmement, depuis la fin de lère Mitterand et Kohl, les derniers responsables politiques dEurope dont les paramètres politiques provenaient dune expérience directe de la guerre ne sont plus au pouvoir à lexception du Président français, Jacques Chirac, qui vit en cohabitation. Dans la plupart des Etats membres, nous avons désormais des chefs de gouvernement et des responsables politiques dont les valeurs politiques empiriques proviennent dune période daprès-guerre, pacifique en Europe, malgré le conflit Est-Ouest. La politique européenne est donc de moins en moins considérée comme une mission créatrice et elle est de plus en plus identifiée à une politique dintérêts36 ; elle nest pas portée par des visions positives mais avec un pragmatisme composé dune part de simples déclarations dintention et dautre part de scepticisme. Au Bundestag allemand, Wolfgang Schäuble critique le manque de politique européenne axée sur des principes37. Généralement, le choix des mots montre également à quel point le nouveau chef du gouvernement allemand interprète la politique européenne sans joie et en restant sur la défensive38, tandis que le ministre des Affaires étrangères, Joschka Fischer, tient un discours bien plus en phase avec les fondements idéologiques de lintégration européenne. Aujourdhui, le beau symbole de deux hommes dEtat Mitterand et Kohl se tenant la main au-dessus des tombes des victimes de la guerre et représentant personnellement la génération de la guerre ne toucherait plus le public de la même manière, parce que la majorité de la population de lUE na plus lexpérience personnelle de la guerre et de la détresse. Pour lAllemagne, le consensus politique qui unit actuellement les partis en matière de politique européenne risque réellement de tourner à la confrontation et ce pas uniquement à cause des élections européennes de juin 1999. Moins le nouveau gouvernement cherchera de consensus en matière de politique européenne, plus cette dernière sera assimilée à une «politique européenne socialiste», ce qui renforce dautant plus le risque dune confrontation, qui transparait dailleurs déjà dans les réflexions émises au sein de la CSU bavaroise. Les efforts des sociaux-démocrates allemands visant à davantage se servir de la politique européenne à des fins de politique partisane pourraient aboutir à ce que la CDU qui était jusquici le parti allemand traditionnellement pro-européen fasse preuve de plus de réserve en matière de politique européenne. Néanmoins, toutes les déclarations de Wolfgang Schäuble montrent clairement que la CDU ne sécartera pas de la voie quelle a suivie jusquici en matière de politique européenne. La décision fatale de la coalition et ce, pour la première fois en politique allemande dattribuer les deux postes de commissaires réservés à lAllemagne à des membres des deux partis de la majorité, dans le cadre de laccord de coalition, exclut donc lopposition actuelle des responsabilités institutionnelles européennes. Dans de grands Etats membres comme la France, le Royaume-Uni et lEspagne, qui envoient deux commissaires, il est actuellement dusage dassocier le principal parti de lopposition à la politique européenne. La décision de la coalition revêt donc aussi une certaine importance sur le plan des principes. On peut effectivement se demander dans quelle mesure cela lintéresse vraiment de dégager un consensus aussi large que possible en matière de politique européenne. Bien quil vienne dapprouver la nomination dHelmut Kohl comme citoyen européen dhonneur, il semblerait que le nouveau chancelier fédéral allemand sécarte davantage de la continuité en matière de politique européenne que ce que les déclarations générales laissent entendre. A loccasion, il devrait lire un discours quun de ses camarades de parti, Gerd Walter, ministre au Schleswig-Holstein, a encore prononcé à Bruxelles quelques mois avant le changement de majorité en Allemagne. Celui-ci avait alors déjà exprimé ses doutes face à lAllemagne européenne, critiqué lélite intellectuelle de la République allemande et formulé précisément ce qui suit: «Le cheval de trait allemand boite précisément maintenant, alors que la charrette européenne doit traverser des terrains difficiles: lUnion sapprête à aborder les plus grands changements de son histoire»39. La mentalité européenne est de mise, même pour le nouveau chef de gouvernement allemand.
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