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    La Libre Belgique 17/09/2005
     

    «La campagne la plus étrange de ma vie»

    Pour le politologue Gerd Langguth, le débat a décollé très tardivement.Et il y a des surprises: la CDU annonce un impot, le SPD escamote les chomeurs.

    ENTRETIEN
    Gerd Langguth, professeur de sciences politiques à l'université de Bonn, est l'auteur d'une biographie sur Angela Merkel (1). L'ex-représentant de la Commission européenne auprès du gouvernement fédéral connait bien les rouages de la politique allemande.

    Que pensez-vous de la campagne électorale qui s'achève?
    C'est la campagne la plus étrange de toute ma vie. Elle n'a reçu du tonus qu'au cours des deux dernières semaines, après le débat télévisé entre Gerhard Schröder et Angela Merkel.

    Tous les experts disent que ce sera très serré. L'élection se décidera dans les nouveaux Länder de l'ex-RDA; à l'Ouest, Merkel et les libéraux devraient l'emporter clairement. Autre particularité: dans la campagne, on n'a discuté que des thèmes de la CDU. Pour la première fois dans l'histoire d'après-guerre, la CDU a osé annoncer une hausse d'impot, en l'occurrence la TVA, avant le scrutin. Or, les gens n'aiment pas qu'on leur annonce des changements. Le chancelier Schröder a réussi à dissimuler les raisons des élections anticipées: le fait qu'il n'avait plus la majorité dans le parti social-démocrate. Il a, de main de maitre, écarté l'existence de cinq millions de chomeurs et joué sur la peur à l'égard d'une politique de la froideur sociale.

    Et le nouveau parti de gauche?
    Oui, cette fois s'est présenté un parti de gauche panallemand. Auparavant, le PDS était enraciné dans le milieu est-allemand. Le ralliement d'Oskar Lafontaine et d'autres transfuges sociaux-démocrates en a fait une formation de gauche qu'il faut prendre au sérieux.

    Sur le plan politique et idéologique, le parti n'a rien de neuf. Au vote, il va dépasser la barre des 5pc et gener les possibilités de coalitions gouvernementales. Il y aura ou bien une coalition de droite, ou bien une grande coalition, voire une coalition rouge-verte tolérée par le PDS, chose qu'on s'empresse de démentir.

    Les sociaux-démocrates sont dans la position la plus difficile: il est improbable que le prochain chancelier soit l'un des leurs. Si le parti forme un gouvernement de grande coalition avec la CDU, alors il aura la vie difficile. L'aile gauche essaiera de réintégrer les transfuges et fera pression sur l'aile ministérielle. La grande coalition ne serait pas bonne pour les réformes à venir.

    Les Allemands veulent-ils vraiment changer de gouvernement?
    La volonté de changement a diminué, mais elle est encore présente. Au cours des précédentes élections régionales, les partis conservateurs avaient réussi à faire le plein de leurs électeurs potentiels.

    La campagne de peur des sociaux-démocrates pourrait toutefois amener à l'isoloir des gens qui n'ont pas voté auparavant.

    Quel a été le role de la presse?
    Contrairement à 2002, une grande partie de la presse, surtout l'hebdomadaire «Der Spiegel», a cette fois milité en faveur d'un changement de gouvernement. Mais il faut se méfier: après le débat télévisé Schröder-Merkel, beaucoup de journalistes trouvaient que la candidate avait été aussi bonne, sinon meilleure que le chancelier, mais, pour l'homme de la rue, Schröder l'avait emporté.

    Le principal enjeu des élections?
    L'Allemagne est en retard en matière de réformes. Tous les experts réclament un changement de politique. Mais la CDU a de larges assises dans la population et doit ménager ses électeurs. Le dilemme d'Angela Merkel est qu'on l'identifie avec la froideur sociale.

    Qui est Madame Merkel?
    Elle est entrée dans la politique sur le tard. Elle avait 36 ans quand elle a fait partie en 1991 du gouvernement Kohl. Elle a doublé à toute vitesse ses concurrents politiques ouest-allemands qui avaient été des lycéens CDU à 18 ans. Elle est une scientifique. Là où Helmut Kohl interprétait l'Histoire, elle regarde la politique comme un univers de molécules. Dans l'affaire des caisses noires elle a obligé Kohl à renoncer à son titre de président d'honneur de la CDU. Il ne le lui pardonnera jamais.

    Onze ministres-présidents de la CDU sont des rivaux d'Angela Merkel...
    Pas tellement parce que certains d'entre eux se croient supérieurs à elle, mais surtout parce qu'ils doivent défendre les intérets de leur Land. Ceci dit, Madame Merkel saura faire usage de son pouvoir de chancelière. Longtemps on l'a sous-estimée. Plus maintenant.

    Gerd Langguth: Angela Merkel. Paru en allemand auprès de dtv à Munich. 399 pages, 14,50 euros.
    MARCEL LINDEN

    © La Libre Belgique 2005